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 Les principales ethnies de l'Afrique Subsaharienne

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korrigane

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Localisation : le kremlin bicêtre
Date d'inscription : 10/11/2005

MessageSujet: Les principales ethnies de l'Afrique Subsaharienne   Jeu 10 Nov à 7:14

Les grands Etats de la savane d'Afrique occidentale
Les confins méridionaux du Sahara étant de nouveau propices à l'agriculture et à l'élevage, en même temps que le feu fournissait une excellente fumure, les populations pastorales de la région, rançonnées par les nomades du désert, cherchèrent à s'unir pour mieux défendre leurs troupeaux et leurs biens. Les géographes arabes nous ont laissé des informations précises sur ce regroupement et les institutions qui en découlèrent, dans la mesure où, en 639, ils suivirent les conquérants musulmans qui soumirent l'Afrique du Nord après avoir commercé avec les indigènes de la côte occidentale, tandis qu'ils poussaient, à l'opposé, vers l'actuelle péninsule arabique et jusqu'en Inde.



Dans un but de simplification, nous parlerons pour chaque pays des différentes ethnies qui le composent, comme si elles étaient des groupes parfaitement délimités, aussi bien du point de vue linguistique que culturel.
Chaque ethnie possède un territoire bien délimité (il existe des cartes plus ou moins précises des ethnies), mais on trouve souvent dans le même territoire la coexistence de deux ethnies différentes : par exemple, les Sénoufo et les Dioula, les Haoussa et les Peul, etc.).
D'autre part, les nouvelles unités politiques, issues des frontières coloniales, modifient complètement les structures traditionnelles en regroupant artificiellement des ethnies anciennement protégées des influences extérieures.
Mais, en dépit du développement des moyens de communication (route, avion, train), de la radio, et déjà de la télévision dans certains pays, il existe encore d'immenses régions de l'Afrique (plus des trois quarts) où le paysan, à quelque ethnie qu'il appartienne, continue à vivre comme ses ancêtres d'il y a plusieurs siècles.
L'historien africain Joseph Ki Zerbo nous dit que «l'Afrique d'hier est encore une donnée contemporaine. Elle n'est ni passée ni à certains égards dépassée. Il y a des cas de chefs traditionnels africains qui répètent les mêmes rites qu'il y a cent ou cinq cents ans. Il y a des formules de sacrifice qui n'ont pas varié depuis un millénaire. A vrai dire, pour bon nombre d'Africains, il n'y a pas d'Afrique ou plutôt ce n'est que celle là qui existe .»
En dehors du phénomène fréquent de la rencontre des peuples pasteurs (Peul, Touareg, Maure) avec des ethnies autochtones sédentaires, ou des ethnies de pêcheurs et de cultivateurs (Bozo et Bambara par exemple), il ne faut pas oublier non plus le phénomène très important du métissage. Chaque groupe ethnique, au cours des divers mouvements de migration à travers les âges, a été amené à absorber de nombreux éléments étrangers à sa culture (langue, coutumes, religion) qui progressivement se sont substitués à la sienne. Vinrent s'ajouter les influences berbères et arabes, qui remontent à plusieurs siècles, la traite des esclaves, le morcellement des ethnies par le partage colonial, l'invasion de l'Islam et du Christianisme. Il ne s'agit donc pas d'une différenciation raciale, mais d'une culture ethnique commune.
Si nous prenons par exemple le cas des Touareg, nous constatons que, depuis des siècles, de nombreux métissages, dus aux migrations, font qu'il y a plus de Touareg de race noire que de race blanche des origines berbères. Toutefois, ils se désignent tous comme Touareg par leur attachement profond au groupe tribal auquel ils appartiennent; les liens qui les unissent sont nombreux : même langue, mêmes croyances, mêmes cultes, même histoire, mêmes territoires désertiques.
De même, ce serait une erreur de grouper en race Peul des groupes très variés comme les Peul de Badyar (Sénégal), les Peul du Sud Cameroun et les Peul Bororo du Tchad. Les Peul de Badyar sont plus proches culturellement de l'ethnie Balante (Guinée) que des Peul Bororo. D'ailleurs, de nombreux Peul isolés en petits groupes ont abandonné leur langue pour celle des autochtones. Il est donc important de souligner qu'une véritable unité ethnique ne peut se réaliser profondément que dans un groupe vivant dans un environnement semblable, comme les Sénoufo, par exemple, ethnie sédentaire et agricole, ou les Touareg, nomades qui partagent le même désert aride.
Considérant l'artisanat comme une culture vivante, nous nous trouverons obligé de définir l'ensemble des éléments qui la composent. Ces éléments sont multiples et se superposent les uns aux autres. Une culture est un ensemble de productions d'objets matériels (artisanat, habitat, etc.), de comportements (rites, cultes, etc.), d'idées (philosophiques, religieuses), d'acquis (techniques, langage).
Cet héritage fragile se transmet de génération en génération et, en Afrique, uniquement par tradition orale, ce qui permet aux descendants de ne pas avoir à réinventer toutes les solutions pour s'adapter le mieux possible à leur environnement. C'est dans ce sens culturel que nous aborderons les ethnies en dehors de toute interprétation politique.
Nous avons déjà signalé que les frontières des États et des ethnies ne coïncident pas toujours. Certaines ethnies sont devenues mouvantes à cause du phénomène des migrations saisonnières de main d'oeuvre: par exemple, les ethnies du Mali et du Burkina Faso vont participer à la culture de l'arachide au Sénégal ou en Côte d'Ivoire. Aussi, les membres d'une ethnie peuvent correspondre aujourd'hui, soit à une région (ex. les Sérère du Sénégal), soit à un ancien royaume (ex. les Yorouba), soit à un vaste ensemble partagé entre diverses nation (ex. les Sénoufo partagés entre le Mali, le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire), soit enfin à une pluralité de régions disséminées dans plusieurs États (ex. les ethnies nomades comme les Touareg).
Nous étudierons les principales ethnies même transformées pour mieux comprendre l'objet artisanal et l'homme qui l'a créé dans le milieu vivant dont il est issu.
D'autre part, nous ne cacherons pas qu'il peut sembler dangereux de revenir au découpage traditionnel des ethnies et à un certain régionalisme au moment où les gouvernements africains actuels craignent, àjuste titre, que la survivance du tribalisme ne freine leurs efforts pour consolider l'unité nationale, basée, hélas, sur les frontières artificielles de la période coloniale. Nous connaissons les dangers que présente l'importance donnée aux problèmes ethniques au niveau de certains gouvernements. Beaucoup d'hommes politiques, de fonctionnaires, de chefs d'État accordent en priorité les faveurs du pouvoir à leur propre groupe ethnique, au risque de créer des déséquilibres graves et un nouveau racisme. Nous avons encore en mémoire les terribles massacres des Ibo au Nigeria, des Hutu au Burundi, des Tutsi au Rwanda.
Aussi n'aborderons nous ici que le problème culturel africain sans intervenir dans les conflits politiques contemporains. Toutefois, nous sommes obligé de dire que l'ethnocide est un génocide culturel. L'unification nationale souhaitée peut aboutir, par la disparition de toutes les cultures ethniques traditionnelles, à un nivellement qui serait la perte de toutes les valeurs culturelles réellement africaines. C'est grâce à cette multitude d'ethnies africaines encore miraculeusement vivantes qu'on peut encore aujourd'hui trouver une production artisanale riche et variée de formes, de matières, de symboles et de techniques venues du fond des âges jusqu'à nous. Cette richesse prodigieuse apportée à toutes les civilisations industrialisées est un patrimoine extraordinaire qui a exercé et qui exercera encore une influence considérable sur tous les moyens d'expression artistiques contemporains. N'oublions pas que la révélation des masques et des statues africaines, objets utilitaires de culte, a été à l'origine du cubisme et de la véritable découverte de l'Afrique noire dont les valeurs culturelles étaient pratiquement inconnues jusqu'en 1900.
C'est tout un paysage social et culturel qui se transforme actuellement beaucoup plus rapidement encore que les paysages naturels. Déjà un capital inestimable est à jamais irrémédiablement perdu. On connaît cette phrase célèbre d'Amadou Hampâté Ba, philosophe Peul : « Un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle. » Quand ces vieillards auront disparu, l'héritage du passé ne sera plus transmis. Les jeunes ne connaissent plus les rituels authentiques, la signification des symboles religieux, les traditions orales. Tous les jours, quelque part en Afrique, un mythe s'efface, un rituel cesse d'être pratiqué, un symbole est oublié, un mot, une technique, un objet disparaissent. Aussi, les Africains, voyant leur civilisation traditionnelle bouleversée par toutes les influences étrangères, risquent de se trouver brutalement dans un grand vide culturel.
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korrigane

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MessageSujet: Re: Les principales ethnies de l'Afrique Subsaharienne   Jeu 10 Nov à 7:14

L'Afrique d'aujourd'hui se retrouve un peu dans les mêmes conditions où vivaient les paysans européens jusqu'en 1900. D'un monde agricole et artisanal, avec toutes les traditions vivantes qui s'y rattachaient, on entrait brutalement dans le monde industriel qui allait complètement modifier les structures et les mentalités traditionnelles. Le paysan, obligé d'aller travailler dans les villes pour survivre, se trouvait coupé de ses sources. Pour évoquer « le pays », les Parisiens bretons ou provençaux se réunissent dans des groupes folkloriques où l'on chante et danse. On retrouve déjà le même phénomène en Afrique.
A Bamako, comme dans toutes les grandes villes, il existe des groupes folkloriques où les différentes ethnies (qui sont regroupées souvent par quartier) dansent, chantent le samedi soir et le dimanche en revivant artificiellement les coutumes de leur région pour se sentir moins dépaysé, moins déraciné.
Il faut rester lucide, et ne pas suivre en Afrique l'exemple de l'Europe. La disparition à plus ou moins brève échéance des sociétés traditionnelles touchera la culture particulière de chaque ethnie si l'on ne prend pas tout de suite certaines dispositions énergiques. On sait que la poussée démographique est considérable en Afrique (50 % de la population a moins de 20 ans). Tous ces jeunes, heureusement, bénéficient pour la plus grande part d'une éducation scolaire que leurs parents n'ont pas eu la chance d'avoir. D'où ces bouleversements inévitables et cet affrontement des forces traditionnelles et conservatrices des anciens avec les forces d'évolution et d'émancipation de cette nouvelle jeunesse qui se sent aussi mal intégrée dans la culture des anciens, assez ésotérique, que dans la nouvelle culture contemporaine encore mal définie. Il s'agit donc là d'une époque charnière extrêmement difficile, véritable révolution culturelle.
Que proposer devant cette situation complexe : d'abord faire vite un inventaire des techniques, des symboles, de la littérature orale, de la musique, de la chorégraphie et de tous les moyens d'expression encore vivants, avant leur disparition brutale, ensuite, réaliser une adaptation des structures et des cultures traditionnelles aux besoins réels des Africains contemporains.
Une ouverture aux valeurs « étrangères » ne sera enrichissante que dans la mesure où l'Afrique aura su conserver ses propres valeurs spirituelles les plus authentiques pour les concilier avec les valeurs « matérielles » nouvelles, apportant ainsi au monde un nouvel humanisme spécifique à l’Afrique noire et riche en créations nouvelles.
C'est dans cette perspective qu'il nous est apparu indispensable, dans ce livre sur l'artisanat de l'Afrique noire, d'aborder les principaux aspects culturels de chaque ethnie sous l'angle sociologique, esthétique et religieux, même si cela paraît irréalisable pour un occidental. Chaque objet est un témoignage de la culture propre à chaque ethnie. Les décors des poteries, des calebasses, des tissus, des bijoux, constituent une véritable culture pictographique qu'il faut s'efforcer de comprendre. L'étude de l'artisanat porte sur des objets utilitaires concrets, fonctionnels, et non sur des abstractions intellectuelles. Avec un peu d'effort, les créations des Dogon, des Touareg ou des Sénoufo, comme celles des autres ethnies, seront alors facilement identifiables, alors qu'au contraire, la civilisation industrielle tend malheureusement vers l'uniformité et la ressemblance (on construit des maisons, on s'habille, on mange de la même façon à New York qu'à Tokyo, et bientôt qu'à Paris et à Londres). Il faut que l’Afrique réagisse vite pour sauvegarder sa valeur spécifique. La tradition doit enseigner la modernité. Le plus modeste des groupes ethniques a dans cet esprit beaucoup de leçons de vie et de sagesse à donner à n'importe quelle civilisation industrialisée.
Mais, dans la présentation de ces cultures traditionnelles, il y a aussi un grave danger, c'est de vouloir transformer ces groupes en « musée vivant », en « réserve humaine » comme pour les Indiens d'Amérique, un peu comme les réserves d'animaux en voie de disparition. Dans ces conditions, la tradition deviendra vite du folklore pour touristes (ces nouveaux conquérants de l'Afrique). On organise déjà dans des régions pourtant difficiles d'accès (comme le pays dogon) des spectacles de danses rituelles. Pour très peu d'argent on oblige ainsi l'Africain à vulgariser et à désacraliser sa culture la plus profonde et la plus secrète.
Le tourisme représente donc aussi un grave danger si on ne fait pas prendre conscience au touriste, avant son départ, de la valeur culturelle et spirituelle de chaque groupe ethnique afin qu'il n'arrive pas en pays conquis ou en simple curieux désireux de rencontrer des spécimens d'espèce humaine en voie de disparition. On va voir maintenant les Dogon comme on va voir les girafes des environs de Niamey. Cet irrespect désastreux d'un mode de vie difficile est une injure grave à ces peuples qui ont eu le courage de survivre en dépit de tous les obstacles et des difficultés rencontrées : non seulement les famines, les épidémies, les invasions, mais également la souffrance de tous les gestes de survie les plus quotidiens (piler le mil, aller chercher de l'eau au puits souvent très loin, défricher une terre ingrate, etc.).
Transformer une culture vivante en folklore est un crime, mais laisser mourir de faim des ethnies minoritaires ne disposant que de moyens techniques préhistoriques est aussi un crime. Aussi faut il leur donner les moyens de s'adapter aux nouvelles conditions de vie sans les déraciner de leur culture encore vivante. Le développement de l'artisanat est un des moyens de les aider.

Dans l'artisanat que nous allons découvrir à travers la diversité de toutes les cultures, c'est finalement l'homme que nous nous efforcerons de retrouver avec ses joies et ses peines, son travail et ses outils, son habitat et son costume, sa nourriture et son langage, ses croyances et sa philosophie. On constatera alors que l'homme noir, s'il est différent, reste très proche de notre mentalité si l'on se reporte à nos origines paysannes encore si proches. C'est la clé pour comprendre l'Africain, 90 % de la population étant rurale. Si vous voulez avoir une vision réelle de l'Afrique, quittez les villes occidentalisées et allez dans les villages de brousse où les conditions de vie n'ont pas changé depuis des siècles. Vassal d'un grand empire où libre, colonisé ou indépendant, la vie de l'artisan paysan est toujours aussi difficile. Dans son groupe culturel, il sait quel travail on attend de lui et comment il faut le faire. Son organisation sociale et familiale est encore la même et il est resté attaché à toutes ses coutumes et à toutes ses croyances. Jean Poirier parle de « l'ethnologie de la dernière chance »! Les groupes ethniques sont encore vivants, mais pour combien de temps encore ? Puisse au moins cet héritage culturel être connu avant qu'il ne disparaisse à jamais, remplacé par une culture universelle uniformisée et normalisée.
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