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 Le Mali: Les Dogons

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korrigane

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Date d'inscription : 10/11/2005

MessageSujet: Le Mali: Les Dogons   Jeu 10 Nov à 7:39

LES DOGONS


Leur Milieu:
Dogon, ou Habbé (incroyant, païen : Kaddo, singulier, pour les Peul), Doundani pour les Maure et les Touareg, Tomboï pour les Songhaï.
Environ 250 000 au Mali.
Divisés en trois groupes : Houmbébé de la plaine, Gondo à l'est, Tombo, gens du plateau à l'ouest et ceux des falaises du centre subdivisés en nombreuses tribus.
Au Burkina Faso vit aussi une minorité dogon. On y trouve donc une grande diversité linguistique (sarakolé, peul), mais une remarquable unité culturelle avec une mythologie commune.
De nombreuses légendes, souvent contradictoires et confuses, circulent sur les origines diverses des Dogon.
Les premiers à occuper le pays furent les émigrants « rouges », les Bana, évoqués encore dans les prières dogon. Puis arrivèrent les Kurumba, appelés Tellem ou Tellinké, qui ont laissé de nombreux vestiges dans les l'alaises de Bandiagara. Ce n'est qu'après que vinrent les Dogon qui se réclament d'une origine commune avec les ethnies du Mandé. Ils occupèrent leur territoire actuel vers le Xe siècle et ont cohabité avec les Tellem. C'est sans doute leur volonté de ne pas s'intégrer à l'Islam qui motiva leur migration et leur isolement du pays Mandé. On retrouve des familles originaires du Ghana qui, vers 1230, à la chute de leur empire, sont venus rejoindre les Rouges. Ils ont conservé la langue sarakolé. Les Bozo, pêcheurs du Niger, ont toujours été liés aux Dogon.

Leur Histoire:
Les seuls faits historiques sont ceux des combats des Dogon de la plaine avec les Mossi du Yatenga au XIVe siècle et avec les Peul au XIXe siècle.
Les Songhaï de Gao, les Bambara de Ségou, les Peul du Macina, les Toucouleur les dominèrent tout à tour, mais ils surent conserver leur indépendance grâce aux difficultés d'accès de leurs régions isolées et montagneuses.

Leur Vie Economique:
Les Dogon sont essentiellement des cultivateurs de mil.
Le niveau de vie est plus élevé dans la plaine mais, dans les régions montagneuses des falaises, tous les terrains cultivables sont utilisés. La terre est amenée sur toutes les berges rocheuses par les paysans dogon à l'aide de petits paniers. Par leur courage et leur volonté de survie ils ont su transformer ce sol aride en jardins où poussent des légumes et, particulièrement, des oignons.
Cette région s'est un peu transformée grâce à l'installation d'un petit barrage (à Gona), dû à l'initiative de l'ethnologue Marcel Griaule, qui permet de retenir les eaux d'une rivière alimentée pendant la saison des pluies.
On cultive maintenant sur ces gradins aménagés avec tant de peine plusieurs variétés de riz.
Le bétail est confié aux Foulanné Kri Habbé (Peul musulmans), qui nomadisent dans les plateaux herbeux.
Les Dogon ont des ruches pour recueillir le miel. Elles ressemblent à des petits greniers à mil.
L'arrivée des touristes, ces nouveaux conquérants après bien d'autres (si peu respectueux, eux aussi, de la vie difficile de ce peuple). n'apporte aucune amélioration à la vie matérielle des Dogon. Au contraire, leur influence est néfaste par la corruption apportée par l'argent. On fabrique de plus en plus de statues et de masques (non consacrés) pour les touristes. Ce qui a pour conséquence grave de faire très vite dégénérer tous les moyens d'expression artistique de ce peuple pourtant si profondément artiste.

Leur Vie Sociale:
La société dogon est patriarcale, composée d'un ensemble de familles et de clans. La base de cette société est la famille étendue. groupée sous l'autorité d'un patriarche.
Chaque quartier de village comporte une ou plusieurs grandes maisons de famille. Sur le plateau de Bandiagara, les jeunes garçons vivent dans des associations de classe d'âge en dehors de leur famille. Ils construisent eux mêmes leur maison très décorée et y donnent des fêtes nocturnes en invitant leurs amies.
Il n'existe pas chez les Dogon de véritable système de caste (en dehors des Hossobé, frappés d'interdit parce qu'ils ont trahi leur tribu et considérés, à ce titre, comme une caste paria et impure).
Il y a aussi une certaine opposition entre les Dogon cultivateurs, qui ont souvent une activité artisanale complémentaire, et les Dogon qui exercent le métier de forgeron et de cordonnier. Ceux ci sont endogames, mais vivent en parfaite communion religieuse avec les agriculteurs. Le pouvoir de chaque village est assuré par un conseil des anciens, composé de tous les chefs de famille et des chefs héréditaires élus.
Plusieurs villages forment une confédération.

Leur Vie Religieuse:
Cosmologie, métaphysique, religion, poésie sont étroitement mêlées à la vie quotidienne des Dogon.
Tous les métiers, tous les outils, tous les objets ont une signification rituelle et symbolique qui se rattache à la mythologie dogon.
Les Dogon croient au dédoublement de l'âme humaine après la mort. Une partie rejoint les ancêtres et devient une force protectrice, l'autre partie reste sur terre et recommence son existence dans le ventre d'une des femmes de la famille. Ils croient aussi en un Dieu unique, Amma, Dieu d'eau, d'humidité et de fécondité (faisant penser au Dieu Amon des Égyptiens, avec son culte zoolâtre).
Dieu est le verbe créateur dont chaque parole est associée à une technique particulière. Ce qui place l'artisanat au premier plan de la mythologie dogon.
D'après Ogotemineli, la première parole, fruste, était associée à une ,technique simple qui avait donné le vêtement le plus archaïque : la fibre non tissée n'ayant qu'une unique dimension.
La seconde parole, plus élaborée, émanait du tissage par la rencontre d'une chaîne et d'une trame selon une surface horizontale à deux dimensions.
Enfin la troisième parole, claire et parfaite, se développait dans le réseau cylindrique du tambour au travers duquel passait un serpentin de cuivre selon un volume à trois dimensions.
Le tissage, mais aussi la vannerie et la ferronnerie, eurent leurs ancêtres mythiques et ont joué Lin rôle important dans la construction de l'univers dogon.

Leur Vie Culturelle:
Fêtes. Les Dogon célèbrent trois grandes fêtes religieuses
- l'Agguet, donnée en l'honneur des ancêtres dans le courant du mois de mai (mois lunaire); l'Ondonfile, fête des semailles qui dure trois jours, trois semaines environ avant les premières pluies, la Guinam Golo, fête des remerciements, célébrée après la rentrée des récoltes dans le courant du mois de janvier.
- Le Sigui, grande fête rituelle, a lieu tous les soixante ans. Sonbutest de faire passer l'âme de l'ancêtre dans le nouveau masque (le prochain aura lieu en l'an 2032).
La circoncision a lieu tous les trois ou quatre ans.

Musique. Il n'y a pas de caste de griots chez les Dogon. Ce sont les jeunes gens, membres des associations religieuses, qui ont la charge de monter un orchestre pour toutes les cérémonies traditionnelles que nous venons d'évoquer.
La société des masques, l'Awa, a un grand intérêt à la fois culturel, social et religieux. Sous ce terme, on désigne à la fois les masques eux mêmes, les fibres des costumes de danse, l'ensemble des hommes qui participent au rituel et le rhombe, pièce de bois en forme de lame qui, en tournoyant à l'extrémité d'une corde, fait un bruit terrifiant qui annonce l'arrivée des masques.
Les masques ne sont pas l'oeuvre des forgerons dogon. Ils sont tous réalisés par les jeunes gens, membres de la société Awa, initiés par un ancien ayant déjà participé à une fête du Sigui. Après la circoncision, tous les garçons deviennent membres de l'Awa. On leur apprend non seulement à tailler un masque, à réaliser un costume, mais aussi à danser.
L'Awa a permis de réaliser ainsi une véritable synthèse des arts en réunissant des disciplines esthétiques très variées, comme la sculpture, la peinture, la poésie, la danse, la musique, la teinture des fibres, la réalisation de tous les accessoires.
Les Dogon ont encore une variété prodigieuse de masques. Il y a une vingtaine d'années, à Sanga le Haut, lors d'un grand dama (lever de deuil), plus de trois cents masques prenaient part au rituel. Actuellement, à l'occasion d'un dama ordinaire, cent cinquante masques sortent de toute une région. La « mère des masques », haut de 7 à 10 m, n'est pas porté. C'est un objet sacré, évoquant le serpent mythique. Tous les soixante ans les habitants de tous les principaux villages dogon taillent une nouvelle « mère des masques ». C'est la grande fête du Sigui déjà évoquée. La plupart des masques dogon sont en bois, mais certains sont des cagoules de fibres tressées, ornées de cauris :
- Masques zoomorphes, représentant tous les animaux de la faune, des falaises et de la plaine : l'antilope, l'éléphant, le crocodile, le singe, la cigogne, le calao, l'autruche, le lièvre, le lion, la panthère, le hibou.
Masques humains : évoquant les métiers, les âges, les étrangers, les types sociaux, etc.
Masques composés à la fois d'éléments humains et animaux comme le masque à étages Sirige décoré avec des signes abstraits.
- Le masque Kanaga, ce célèbre masque évoquant une croix de Lorraine, a donné lieu à de nombreuses interprétations de la part des ethnologues.
Pour tailler les masques de bois les danseurs de l'Awa se réunissent par petits groupes qui se disséminent dans les environs du village.
Les troncs sont d'abord équarris, puis le danseur procède à la taille par touches successives. Pour éviter l'éclatement du bois par l'effet d'un séchage trop rapide, on l'enduit d'huile de sésame. On passe ensuite à l'application des couleurs à l'aide d'une plume de volaille (noir, rouge et blanc). Les peintures ne représentent pas forcément le pelage de l'animal évoqué, le danseur obéissant à son inspiration.
Le tissage du masque cagoule s'apparente à la sculpture. On le réalise sur un support (pilon utilisé par les hommes pour le battage des épis de mil) de la dimension d'un crâne humain. La technique est plus proche du tricot (maille) que du tissage. Le sculpteur dogon, dans un cadre fixé par la tradition, peut toujours donner libre cours à son imagination créatrice. Il peut d'abord choisir son sujet parmi les différents types de masques du répertoire. Il peut aussi inventer un nouveau modèle. Ayant trouvé un animal intéressant, ou une femme belle, il peut très bien l'intégrer dans l'ensemble des masques.

Les peintures rupestres rituelles (Bamm) se trouvent le plus souvent dans les lieux consacrés aux activités des masques. Elles sont exécutées en rouge par les vieillards. D'autres peintures rupestres de couleur noire ou blanche, sans valeur religieuse, sont faites par les enfants ou de jeunes chevriers pour se distraire. Le noir est fait de charbon pilé, l'ocre de terre. Le rouge provient de l'oxyde de fer. Ces peintures sont dessinées sur tout le territoire dogon. Voir le grand auvent de Songo (abris des masques).
Des gravures ornent l'intérieur de certaines habitations. Les Dogon décorent aussi leurs greniers de bas reliefs en torchis représentant des personnages, des animaux, des masques, des objets usuels.
Les villages dogon sont construits au sommet ou au pied de grandes falaises. Ils s'intègrent parfaitement au paysage. Les maisons à un étage sont construites en briques d'argile rectangulaires ou en pierre taillée. Le tout est crépi avec de l'argile liquide. Les toitures sont en terrasse. Les sanctuaires ou les maisons des Dogon sont décorées sur leurs facades extérieures d'ornementations en briques formées de colonnades et d'ogives superposées et de motifs ajourés. L'ensemble de la façade, avec ses huit rangs de deux trous sombres séparés par des pleins plus clairs, est le symbole de la couverture des morts, aux huit bandes faites de carreaux noirs et blancs (correspondant aux huit premiers ancêtres et leurs descendants).

Leur Vie Artisanale:
Dans la mythologie dogon, qui imprègne tous les actes de la vie, le premier ancêtre forgeron et potier descendu sur la terre était armé d'un arc de fer et de flèches fuseaux. Il en lança une au centre de la terrasse du premier grenier (imitant le panier dogon). Il entoura la tige d'un long fil de la vierge jusqu'à la réalisation d'un grand fuseau. Il prit une seconde flèche à laquelle il attacha l'extrémité du fil et la décocha dans la voûte céleste pour servir de point d'appui. De cette nouvelle échelle de Jacob sorte d'arc en ciel gigantesque, allaient descendre tous les symboles ettoutes les techniques effectuées à tour de rôle par les sept autres ancêtres :
l'ancêtre des cordonniers et du tannage (couleur rouge et bleue) l'ancêtre des griots (Couleur rouge)
l'ancêtre de la danse (couleur blanche)
- l'ancêtre de la sculpture et de la peinture (couleur orange)
- l'ancêtre du commerce (couleur noire)
le 7" ancêtre, la maître de la Parole, et, de ce fait, du tissage, de la musique et du langage (couleur rose)
enfin le 8", ancêtre, lié à l'agriculture et à la parole (vert et blanc). Ils avaient chacun leurs outils.
On retrouvera dans chaque métier tous les symboles d'origine. Il n' a pas de caste véritable chez les Dogon. Chacun, suivant ses dispositions, exerce une activité artisanale pendant la saison sèche. Seuls, le forgeron et le cordonnier vivent un peu à l'écart des villages ou forment des quartiers.
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MessageSujet: Re: Le Mali: Les Dogons   Jeu 10 Nov à 7:39

Habillement
Hommes. Le costume change avec l'âge. Jusqu'à l'âge de 15 ans. les Dogon sont vêtus d'une fila (tunique fendue sur les côtés). Ensuite ils portent un pantalon et une blouse courte aux ouvertures latérales frangées.
Le pantalon est composé de trois bandes de tissage pour le fond (trois étant le chiffre masculin), qui passent entre les jambes, et trois bandes de chaque côté pour les cuisses. Il est fermé à l'aide d'une cordelette.
La blouse tunique à petites manches est composée de quatre longue, bandes pour le dos et quatre pour le devant et trois de chaque côté (une poche sur le devant).
Les Dogon ont souvent un bonnet sur la tête (symbole du couple). A l'origine, il était réservé au Hogon, doyen d'âge et chef spirituel des Dogon de la région de Sanga.
A l'origine, les vêtements étaient blanc écru (couleur du coton naturel). Les hommes eurent peur de blanchir et la teignirent en jaune safran, couleur ocre de la terre.
Le bleu foncé (indigo) est réservé à la couverture en damier des morts.

Femmes. Elles portent un pagne court et un châle (sanfiti) dans lequel elles se drapent et se cachent la poitrine.
Le pagne est une pièce de quatre bandes de tissage assemblées (quatre, signe de la féminité). Il se porte dans le sens transversal, les coutures étant horizontales. Il cache le corps entre le nombril et les genoux et s'enroule sur lui même sans fermeture.

Parure
Jusqu'à 40 ans, les hommes portent les cheveux longs frisés et flottants autour d'un petit cimier conservé au sommet du crâne. Ils vont jusqu'à placer des fausses nattes lorsque leurs cheveux sont trop courts. Ils ceignent leur tête d'une couronne de cauris. Au cou. ils ont des colliers d'agate ou d'opale, autour des bras des bracelets de cuivre ou d'argent, aux doigts des bagues très belles (certaines symbolisent un cavalier). Les Dogon portent sur eux de nombreuses amulettes contenant bec de marabout, poils de queue de hyène ou d'éléphant aux vertus magiques. Vers 40 ans, ils se rasent complètement le crâne et portent de grands boubous et abandonnent tous leurs bijoux à l'exception des bagues.
Les membres du conseil des anciens ont comme insigne une hache casse tête, au manche sculpté.
Les insignes du Hogon sont constitués d'une grosse agate attachée au cou, d'un anneau d'argent à l'oreille gauche, d'une bague à l'auriculaire de la main droite et d'un bracelet de fer au pied gauche. Pour les cérémonies il porte une blouse en peau de mouton, teinte cri rouge et ornée de cauris, et un bonnet identique.
La coiffure des femmes dogon est très riche. Les cheveux sont tressés et coiffés en cimier en forme de casque prolongé par un noeud de cheveux sur la nuque et des longues mèches tressées sur les côtés.
Suivant la richesse du mari, on fixe dans les nattes des perles, des bijoux d'or ou d'ai gent, des pierres semi précieuses, etc. A la place des bracelets métalliques, elles portent aux bras des cercles de bois superposés les uns aux autres au dessus du coude. Elles, portent au lobe de chaque oreille des boucles d'oreilles (vingt) formées e cercles d'or ou d'argent destinés à attirer les bonnes paroles et, aux chevilles, des bracelets. Un anneau placé vers l'âge de 3 ans à la lèvre inférieure marque le premier stade de l'initiation à la parole. Les trois anneaux du nez sont mis entre 10 et 12 ans; celui du milieu est en cuivre et attire les bonnes paroles. Les deux autres, en aluminium, chassent au contraire les mauvaises paroles.
La bouche de la femme est le symbole du métier à tisser. Les dents Il niées cri pointe sont les dents aiguës du septième génie de la parole dans lesquelles passaient les fils. L'anneau de cuivre du milieu de la lèvre est la navette.

Tissage
C'est par la technique du tissage que le septième ancêtre des Dogon communiqua la connaissance aux hommes. Aussi le tissage est il à la première place dans toute la mythologie dogon. D'après Ogotemi néli, le septième génie, se servant de sa bouche comme premier métier à tisser, expectora quatre vingts fils de coton qu'il répartit entre ses dents supérieures utilisées comme celles d'un peigne de métier à tisser. Il regroupa les fils pairs. En ouvrant et en refermant ses mâchoires, le génie imprimait à la chaîne le mouvement des lices du métier « et, comme tout son visage participait au labeur, ses ornements de nez représentaient la poulie sur laquelle les lices basculent, la navette n'étant autre que l'ornement de la lèvre inférieure, tandis que les fils se croisaient et se décroisaient, les deux pointes de la langue fourchue du génie poussaient alternativement les fils de la trame et la bande se formait hors de lit bouche dans le souffle de la deuxième parole révélée. La fourmi, incarnation de la terre, recueillait ces paroles et [es transmettait aux hommes ».
Le tissu était le verbe. C'est pourquoi, encore aujourd'hui, le tissu signifie : C'est la parole.
Les tisserands, par le mouvement éternel de l'entrecroisement des de la chaîne et de la trame, transmettent ainsi de génération en génération les paroles qu'on retrouve dans le bruit si caractéristique de la poulie et du lancement de la navette et qui s'intercalent dans les fils du tissu.
Le nom de la poulie sign fie d'ailleurs « grincement de la parole ». Le tisserand chante en jetant sa navette, sa voix entre dans la chaîne, avec celle des ancêtres. Lorsqu'il tisse la couverture des morts, il chante des paroles rituelles.
Le tissage étant une parole, fixée dans le tissu par le va et vient de la navette dans la chaîne, la culture des champs est considérée aussi comme un tissage : le mouvement de va et vient du paysan dans les parcelles (ressemblant aux carrés de la grande couverture en damier) fait pénétrer le verbe des ancêtres, c'est à dire l'humidité.
Le métier à tisser est toujours orienté pour que le tisserand travaille face au sud. Il représente la maison du septième ancêtre. Les quatre montants verticaux (mâles) délimitent la chambre de repos et les quatre montants horizontaux (féminins) dessinent la terrasse.
On voit avec ces quelques exemples combien le tissage (assimilé au verbe) est lié à toutes les autres activités artisanales (parure, vannerie, instruments de musique, architecture, agriculture).
Le tissage est réservé aux hommes. Il est pratiqué en plein air, souvent sur la place publique en groupe. Ils teignent eux mêmes les écheveaux de coton filé par les femmes.
Chaque famille possède son métier à tisser. Les tisserands tissent les vêtements déjà décrits et des cotonnades unies ou colorées, des tissus de laine blanche (kassa) comportant au milieu des dessins noirs (servant à habiller les pasteurs Peul), des tissus sur fond rouge et bleu aux dessins réguliers noirs qu'on utilise comme tenture (région de Pigna).
Mais l'oeuvre type qui sort du métier dogon est la célèbre couverture des morts en damier. Elle est faite de bandes assemblées, formant des carreaux noirs (indigo foncé) et blancs alternés. La couverture compte huit bandes cousues, ce qui devrait correspondre à quatre vingts carrés., mais par souci d'économie on ne tisse maintenant que vingt carreaux (la chaîne composée de quatre vingts fils est le symbole de la mâchoire du septième génie).
On petit trouver certains tissus dogon aux marchés de Bamako, de Mopti, de Bandiagara, ou de Sanga, mais c'est surtout dans les petits villages dogon autour de Bandiagara et de Sanga qu'on trouve les plus beaux tissus.

Vannerie
Ce sont les hommes âgés, souvent tout en discutant sous les abris publics (togu na), qui confectionnent les corbeilles, les vans, les chapeaux de paille, des nattes en fibres de baobab (les plus belles nattes sont faites à Banani).
A Bandiagara et dans toutes les régions dogon, on fabrique des paniers à bord rond et à fond carré d'une très belle forme, des bandes de cuir sont souvent tressées avec le jonc, en motifs géométriques (damiers). Les paniers dogon se trouvent surtout dans la région de Doundiouro, à 25 km de Bandiagara : villages de lawa, IN, Pégué, Banani, Sanga, Garou, etc.
D'après Ogotemmêli, ce panier serait la représentation de l'univers tel que le conçoivent les Dogon : « Le premier ancêtre reçut un panier tressé à ouverture circulaire et à fond carré, qui devait servir au transport de la terre et du pisé nécessaires à l'édification d'un système du monde dont il allait être un des moniteurs. Ce panier servit d'abord de modèle à une attire vannerie de grandes dimensions. L'ancêtre la construisit dans la position renversée, le fond carré de huit coudées de côté formant terrasse, l'ouverture de vingt coudées de diamètre posée au sol, la hauteur était de dix coudées .»
Symboliquement cet édifice avait la signification suivante : la base circulaire représentait le soleil, la terrasse carrée le ciel et un cercle au centre de la terrasse figurait la lune.
Le modèle des greniers, avec au centre, un poteau sphérique, symbolisant la matrice, évoque aussi le premier édifice, ainsi que le plan général des villages.

Travail du cuir
Les peaux sont tannées par les hommes. Les Dogon s'en servent pour fabriquer des sacs, des bracelets, des coussins mais, en général, ils achètent sur les marchés la maroquinerie d'autres ethnies plus spécialisées.
Ce sont les forgerons qui travaillent le cuir. Certains spécialistes réalisent les sacoches en peau de mouton teintes en rouge du Sigui, ornées ensuite de broderies géométriques blanches et rouges.

Travail du métal et du bois
Le forgeron, premier ancêtre constructeur et héros civilisateur, a une place importante dans la mythologie dogon. C'est lui qui est descendu du ciel avec l'arche porteuse des grains et des techniques primordiales des hommes.
Ogotemmêli nous évoque ainsi la forge : « L'ancêtre constructeur avait rassemblé sur la terrasse (de l'édifice panier) les outils et appareils d'une forge. Car son rôle était d'apporter aux hommes le fer pour leur permettre de cultiver. Le soufflet était fait dedeux vases de terre crue triturée avec du poil de mouton blanc. Ces vases étaient fixés l'un à l'autre comme deux jumeaux, leur large ouverture était fermée avec une peau. De chacun d'eux partait un conduit de terre aboutissant à la tuyère »,
La masse (élément mâle) avait la forme d'une grande navette de fer, cônique côté manche, quadrangulaire côté frappe. L'enclume (élément femelle), de forme comparable, était fixée dans une traverse de bois.
Les forgerons constituent une caste occupée surtout au travail du fer : haches, couteaux, armes, houes, mais ce sont eux qui remplissent aussi les fonctions de sculpteurs sur bois.
Ils sculptent les statues rituelles, alors que les masques sont réalisés par les danseurs eux mêmes sous la conduite d'un ancien.
La statuaire dogon est un artisanat religieux confidentiel qu'on ne voit que dans les sanctuaires.
La statue appelée « piteuse de mil » est à la fois une femme saisie dans son activité quotidienne et le Hogon, dont la vie (d'après les mythes) est identique à la croissance du mil.
Les portes et les volets étaient encore il y a quelques années décorés de frises sculptées, évoquant toute la mythologie et tous les symboles dogon, comme ces hommes aux bras levés (influence Tellem) qui prient pour faire tomber la pluie du ciel, les cavaliers, les crocodiles. On est frappé par la similitude des thèmes dogon (femme portant une calebasse sur la tête, femme assise, cavalier, crocodile, etc.) et de ceux utilisés par les Sénoufo, pourtant très éloignés des Dogon. Les serrures étaient aussi décorées des figures des ancêtres ou de têtes d'animaux mythiques. Sur les couvercles des coupes rituelles. on voit souvent un ou deux ancêtres.
On peut encore trouver des masques et des statues dogon près de Mopti, à côté du motel de Sévaré (chez Bouboudiarra). A Sanga. à la sortie du tunnel, se vendent parfois des belles portes sculptées et des calebasses pyrogravées et, dans tous les villages autour de Bandiagara tels Niongons ou Koko, des serrures, pilons et autres objets en bois (boîte à tabac, boîte à bijoux, coupe à beurre, poulies des métiers à tisser, navettes, pilons décorés qui sont offerts aux jeunes mariées). Les forgerons font également des figurines, fondues à la cire perdue, qui représentent des animaux totémiques et des emblèmes familiaux.
Ils forgent les célèbres fers rituels (appelés crochets), fichés sur le haut des sanctuaires ou posés au pied des autels. Ce forgeron se sert d'une seule barre de fer qu'il façonne par martelages successifs. Le métal incandescent est ployé dans sa partie supérieure pour évoquer les membres sans articulations du premier ancêtre qui apporta du ciel les outils et les graines.
Les longues tiges de fer anthropomorphes ont la mission de retenir les nuages pluvieux et d'apporter l'abondance au village. Certaines ont deux bras étendus latéralement, se terminant par une sorte de main aplatie, évoquant des Giacometti.
Les meilleurs forgerons se trouvent dans les villages de Bandiougou, Kilempo, To, Makou, Niougono Po. Leur forge est installée en dehors des maisons d'habitation. L'élément principal est le soufflet réalisé avec deux poteries dont le sommet est recouvert d'une peau en accordéon. En bas sont fixés deux tuyaux qui se rejoignent dans la tuyère.
Les forgerons font aussi des bijoux comme les bracelets en cuivre, en fer ou en argent, les bagues dont certaines représentent un cavalier stylisé, des boucles d'oreilles, etc.


Poterie
Est potier qui veut (homme ou femme) mais, en général, ce sont là aussi les femmes des forgerons qui dominent car c'est dans la forge qu'est née la poterie (sphères du soufflet).
Les pots sans ornement symbolisent l'homme, ceux qui ont deux petits seins, la femme. La natte sur laquelle travaille la potière sert à imprimer son dessin sur la terre molle.
Au centre des greniers, on place une poterie sphérique, symbole de la matrice du monde. Une autre poterie plus petite (elle contient de l'huile) est elle même obstruée par une plus petite contenant du parfum. Ces trois poteries réunies contiennent tout le système du monde.
Les potières produisent aussi des pots à faire bouillir la bière de mil, des canaris divers, des jarres à dolo.
Les calebasses sont décorées de motifs symboliques extrêmement riches (les mêmes qu'on retrouve sur les portes des greniers). Elles sont presque toutes pyrogravées.
C'est un artisanat qui continue. On trouve encore de très belles poteries à Sanga, décorées par des enfants.
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